Affichage des articles dont le libellé est H. P. LOVECRAFT. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est H. P. LOVECRAFT. Afficher tous les articles

jeudi 22 octobre 2009

À la recherche de deux «monstres sacrés» du Fantastique des années pulps aux USA : ROBERT E. HOWARD et CTHULHU !

L'été 2009 nous a apporté deux superbes ouvrages consacrés l'un à un des plus extraordinaires auteurs des pulps américains de l'entre-deux guerre et l'autre à une des créations devenues mythique de ces mêmes magazines, plus particulièrement de Weird Tales.

Échos de Cimmérie, dirigé par Fabrice Tortey et consacré à l 'oeuvre et au personnage de Robert E. Howard est une des plus belles réalisations des Éditions de L’Oeil du Sphinx à ce jour. Cette anthologie d’articles (avec en prime 2 fragments et 2 poèmes inédits mais qui, honnêtement, ne resteront pas dans les mémoires) réunit certains des meilleurs spécialistes français et américains de Howard aux côtés de Fabrice Tortey, comme «l’historique» et incontournable Glenn Lord, Don Herron, Patrice Louinet, Donald Sidney-Fryer, Patrice Allart ou Simon Sanahujas, mais aussi des amateurs éclairés des écrits du Texan, comme Joseph Altairac ou Michel Meurger.

L’ouvrage est principalement orchestré autour d'une partie biographique et une autre d'étude littéraire. L’ensemble, presque partout de très bon niveau, est dominé par le long texte de Fabrice Tortey : «Robert Howard : de l’ombre vers le jour», quelques 80 pages serrées sur 2 colonnes (le livre est large !) retraçant la vie souvent pénible d’un Howard en proie à un environnement familial et économique souvent stressant, à des problèmes divers et variés avec ses éditeurs, et à ses propres démons intérieurs. L'enquête passionnante de Fabrice Tortey dévoile enfin la «vraie vie» de Howard, dissipant nombre de clichés, de légendes et de mensonges purs et simples pour révéler un homme étonnant et fascinant. Rien que ce texte, qui couvre un quart du livre, vaudrait déjà à lui tout seul l’achat d’Échos de Cimmérie… L’influence essentielle de Jacques Bergier puis de François Truchaud dans l’introduction de Robert Howard en France y figurent également en bonne place ainsi qu’une imposante bibliographie de fin de volume.

Sous une belle couverture de Frank Frazetta, illustré de photos pas toujours connues et de dessins de Christian Broutin, auxquels s’ajoutent des couvertures de Jean-Michel Nicollet et Philippe Druillet réunies dans un cahier couleurs central de 16 pages hors-texte, Échos de Cimmérie est un bel objet de bibliothèque doublé d’une somme érudite sans jamais être assommante.

L'autre volume qui nous intéresse ici, Les nombreuses vies de Cthulhu de Patrick Marcel, aux Moutons Électriques, est une «première» dans la collection «La Bibliothèque Rouge» dont les livres tournent autour d’un héros de fiction devenu mythe et qui voit dans se dévoiler sa vraie-fausse biographie dans laquelle interviennent en s’entrecroisant univers réels et fictifs. Car avec l’abominable Cthulhu créé par H. P. Lovecraft, on peut difficilement parler de «héros» au sens habituel du terme, même si August Derleth a créé par la suite un «Mythe de Cthulhu» destiné à chapeauter les centaines de romans, de nouvelles et de poèmes liés aux agissements de tout le panthéon des Grands Anciens.

Spécialiste bien connu du fantastique, Patrick Marcel a orchestré sa «biographie» fictive autour de la brève sortie des eaux, le 23 mars 1925. de la cité fantôme et effrayante de R’lyeh et de l’apparition horrible et fugitive de l’immense Cthulhu qui y séjourne depuis des éons. Cet épisode est, comme chacun sait, le moment fort d’une des nouvelles les plus connues de H. P. Lovecraft, «L’appel de Cthulhu». Mais, au grand désespoir de bien des fans du tentaculaire «Mythe de Cthulhu», Patrick Marcel a préféré faire l’impasse sur la quasi-totalité des nouvelles et romans de celui-ci pour n’utiliser que les écrits de HPL, bien sûr, et ceux des pères fondateurs tels que Robert Bloch, Frank Belknap Long, Robert Howard, etc. Il faut dire que la tâche était colossale et sans doute ingérable notamment par le fait que le Mythe ne brille pas toujours par sa cohérence…

Patrick Marcel s’est attelé à une restauration d’une réalité terrible dont les morceaux étaient éparpillés sans qu’on s’en doute aussi dans les œuvres de Victor Hugo, de Conan Doyle, de Jean Ray et d’autres auteurs, certains fort surprenants… Après ce voyage plein de virtuosité littéraire, le lecteur a droit à 30 pages d’une chronologie du Mythe de Cthulhu vue comme un document historique valant le détour, puis à une biographie de HPL d’une douzaine de pages, utile pour se rafraichir la mémoire, suivie de la bibliographie exhaustive des œuvres citées dans le livre.

Les nombreuses vies de Cthulhu se termine sur deux nouvelles de Peter Cannon et Kim Newman, spécialistes s’il en est des univers fictifs croisés. A noter aussi a superbe couverture de Sébastien Hayez et l'impressionnante l'iconographie en N&B qui réjouissent l'oeil du lecteur...

Une interview de Patrick Marcel est disponible sur le site du Cafard Cosmique, ici :
__________

Échos de Cimmérie ; hommage à Robert Ervin Howard (1906-1936)
Sous la direction de Fabrice Tortey
L’œil du Sphinx, coll. «La bibliothèque d’Abdul Alhazred», 2009, 318 p. 35 Euros.

Chez Amazon France soit vers l’efficace librairie Atelier Empreinte liée de près à cet éditeur (aller à cette page : http://www.atelier-empreinte.fr/echosdecimmeriehommagearobertervinhoward19061936-p-2699.html ).

Les nombreuses vies de Cthulhu
Patrick Marcel
Les Moutons Électriques, coll. «La bibliothèque rouge» #15, 2009, 302 p. 28 Euros.


Dans n’importe quelle grande librairie traditionnelle ou en ligne française, soit directement chez l’éditeur http://www.moutons-electriques.fr/livre.php?p=intro&n=74 .

RDN

vendredi 4 septembre 2009

2009 : centenaire de la naissance d'AUGUST W. DERLETH, 80eme anniversaire de sa première publication en France et 70eme anniversaire d'ARKHAM HOUSE !

Né en 1909 dans le Wisconsin, aux USA, August W. Derleth sera pour toujours l'homme sans qui H. P. Lovecraft ne serait resté qu'un auteur de pulps parmi tant d'autres et connu seulement des spécialistes au lieu d'être un écrivain mondialement célèbre comme il l'est aujourd'hui.

Sans August Derleth, il est également probable que jamais le Mythe de Cthulhu n'aurait atteint ce stade de culte planétaire qui est le sien aujourd'hui. Sans August Derleth (et son compère Donald Wandreï), il n'y aurait jamais eu une maison d'édition baptisée Arkham House qui, de 1939 jusqu'à nos jours a proposé un catalogue resté inégalé de romans, de recueils et d'anthologies, principalement de fantastique et d'horreur. Bref, sans lui, le monde du fantastique ne serait pas tout à fait ce qu'il est de nos jours et je trouve bien injuste que le centenaire de sa naissance soit ignoré à ce point chez nous...


August Derleth a commencé à publier dans Weird Tales en 1927, donc à l'âge de 18 ans, et n'a plus jamais cessé d'écrire jusqu'à sa mort prématurée en 1971 suite à une ancienne et tenace faiblesse cardiaque. Il est surtout connu pour ses histoires du Mythe de Cthulhu (écrites à partir de fragments de textes laissés par Lovecraft ou en solo) mais c'est oublier qu'il fut un bon auteur fantastique (voir ses recueils L'Amulette tibéthaine et Le fantôme du lac publiés par NéO dans les années 1980) et un «holmesien» de bonne tenue comme le montrent les nombreuses enquêtes de son détective Solar Pons dont une petite partie a été traduite fin des années 1950, début des années 1960, dans Le Saint Magazine. Enfin il est aussi reconnu aux USA comme un écrivain régionaliste de talent avec ses romans sur son Wisconsin natal.



Ce qu'on sait moins c'est que August Derleth fut publié pour la toute première fois dans notre pays bien avant sa nouvelle policière dans Le Yard en 1950, le 4 août 1929 dans Le Dimanche Illustré, pour être précis. Il y a donc tout juste 80 ans ! La nouvelle, une short story d'horreur, couvrant une demi-page du journal, s'intitule «Le cercueil de Lissa» («The coffin of Lissa», Weird Tales, octobre 1926) et était illustré par un grand dessin en N&B malheureusement imprimé sans grand soin.



(cliquer sur les deux parties de l'image pour les agrandir : on notera que
le texte est signé Auguste (sic) W. Derleth... Ceci n'est qu'une
iconographie : reproduction écrite du texte de AWD interdite sans autorisation)

On a pu reprocher à August Derleth quelques pratiques éditoriales déplacées (le rewriting abusif de certains textes d'auteurs célèbres ou d'avoir tiré jusqu'à la corde sur la moindre ligne inédite de Lovecraft, par exemple...) mais il est sans discussion une figure indéboulonnable et historique de la littérature fantastique. Pour plus de détails, on peut aussi consulter la fiche Wikipedia en français consacrée à August W. Derleth ici :

http://fr.wikipedia.org/wiki/August_Derleth

Et merci à Charles Moreau pour le numéro du Dimanche Illustré.

RDN